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Eotopia ou la possibilité d’une île ?

« La possibilité d’une île » est le titre d’un roman écrit par Michel Houellebecq et publié en 2005. Cet intitulé fait écho au désir inhérent à tout individu : celui de vivre, un jour, la possibilité de se recueillir dans un endroit où il éprouverait enfin ce sentiment d’adéquation entre lui-même et autrui, cette sensation de parfaite fusion entre son individualité et son environnement.

Ce que j’ai vécu à Eotopia se rapproche précisément de ce sentiment d’achèvement, de complétude.

« Ici, c’est la vérité » clama, émue, une des visiteuses que j’ai eu l’occasion de rencontrer à Eotopia. Ici, c’est le vrai. Ici, c’est le respect. Ici, l’individu est subtilement invité, sans effort, sans contrainte insidieuse, à participer au projet d’Eotopia.

Qu’est-ce Eotopia ?

Eotopia est né d’un projet porté par, entre autres, Benjamin Lesage, auteur de « Sans un sou en poche ». L’idée d’un écolieu bien particulier a accompagné Benjamin et quelques de ses amis lors de son voyage et de sa rencontre avec sa femme Yasmina. A plusieurs, ils ont créé un écolieu novateur : végane, écologique, égalitaire, collaboratif et détaché au mieux du système de transaction monétaire.

Là-bas, les deux maîtres mots, et bien les seuls, sont l’autogestion et la collaboration.

Eotopia est situé au Jardin Jolivet, à proximité de Cronat, un village en Bourgogne. Isolé par un chemin jonché de pierres et longeant des champs habités par des vaches, ce lieu singulier, d’une singularité novatrice, accueille le-la visiteur-se dans une franche simplicité. Lorsque je suis arrivée, le projet d’Eotopia ne me semblait pas se matérialiser concrètement dans l’agencement du lieu. Une maison, quelques caravanes, tentes et autres bâtiments recouvrant des plantations et des outils de bricolage, composent les seules habitations du lieu-dit. Néanmoins, et c’est ainsi que devrait-on procéder à chaque fois que l’on pense et élabore des préjugés, ce sont dans les détails que j’ai pu repérer ce qui constitue, à mes yeux, l’âme, le cœur et l’esprit d’Eotopia.

Ici, la faune et la flore se rejoignent autour d’une danse sauvage et prolifique. Tout s’y épanouit, croît, meurt, renaît dans une sincère et fructueuse décadence. Tout contribue à tout et j’ai pu observer le compost devenir le service favori de multiples insectes, certains ayant revêtu, à mes yeux, les couleurs de l’exotique et de la nouveauté.

Ici, l’échange entre animaux humains et non-humains, comme les deux seuls chats du lieu, cohabitent, collaborent et échangent dans un nouveau langage, une nouvelle gestuelle : celui du respect, de l’écoute et de l’attente. Les désirs et les frustrations sont entendus, les initiatives individuelles ne sont freinées par aucun principe ni aliénant ni infantilisant. 

Ici, l’espace et le temps connaissent des élans de dilatation et de contraction affranchis de l’influence des heures, des minutes, des secondes. La gravité-même ne m’a plus semblé être une force me rappelant constamment ma qualité d’être mortel et terrestre, dans tout ce que ces deux caractéristiques ont de plus angoissant. Au contraire, mon corps et mon esprit m’ont enfin paru être les constituants d’un ordre naturel, créatif et non linéaire, en sans cesse renouvellement.

Une journée à Eotopia ou la douceur de vivre

Je me lève à l’heure où mes rêves commencent à se confondre avec les bruits extérieurs des insectes et des oiseaux. Nonchalamment, je me dirige vers les toilettes : des toilettes sèches et compostables, ne dégageant aucune odeur et tout à fait commodes. Je passe par un petit chemin coiffé d’orties et de plantes - à mes yeux - nouvelles, afin de rejoindre la cuisine protégée aux fenêtres par des moustiquaires. L’eau du robinet y est bonne. La vaisselle est en verre, terre cuite, porcelaine, les casseroles en fonte. Les condiments et aliments secs sont conservés dans des bocaux « Le Parfait », protégés par des joints oranges. Le plan de travail est en bois. Il fait bon et j’évolue dans cet espace en effleurant de ma quiétude les particules d’air.

Pour chercher mes fruits, ingrédients de mes saveurs matinales, je me dirige vers la cave, conservant parfaitement toute denrée rapidement putrescible. La matinée passe paisiblement, je m’attelle à quelques travaux de jardinerie ou de bricolage. Je choisis d’échanger, si je me sens disposée à communiquer de manière paisible et respectueuse, avec les autres visiteuses. 

A midi, le repas est préparé en commun. Au menu : un ou des légumes, une légumineuse ou une céréale s’accompagnant d’épices, de saveurs, d’odeurs, de rires, d’échanges. 

Je décide de me promener par la suite dans la forêt directement bordée par Eotopia. C’est là où j’ai ramassé quelques fois du bois pour alimenter le feu qui puisait son énergie à cuire nos aliments. Parfois, je joue avec d’autres visiteuses, je lis, je laisse ma pensée s’étendre au coin d’une lumière ou d’une ombre. C’est là où ma pensée, souvent, connaîtra alors une forme de dilatation nouvelle. Résolue en un point fixe, cette pensée ajoutera à ma perception de l’espace et du temps une réalité sans mot et paisible.

Le soir, le repas est à nouveau préparé en commun. Des rires, des échanges, des attentions discrètes mais visibles, un respect de soi et de l’autre sans cesse rejoué dans un esprit, non pas de contrainte, mais de non-violence fluide et dansante.

Un jour sur deux, un partage de ressenti est organisé le soir, après le repas. En ronde, assis par terre, debout, qu’importe, chacun exprime, quand il en ressent l’inéluctabilité, ce qu’il a éprouvé le long des deux derniers jours : paisibilité ou au contraire, frustration ? Qu’importe ses désirs et ses émotions, ils seront entendus et pris en compte dans une réflexion collective. A la fin de ce partage de ressenti, tous se prennent la main, contact à la fois étonnant et familier, pour entamer un « ôm » collectif, mais non dénué de variations individuelles tout en respect de la note principale.

Après ce partage de ressenti, je reste parfois discuter avec les visiteuses ou m’assieds dans le canapé, situé dans le salon frais et habité de livres, afin de commencer, avant que fatigue ne se réveille, quelques ouvrages politiques ou romanesques.

C’est ainsi que j’ai vécu Eotopia, où toutes les théories de justice sociale humaine et animale semblent se réaliser dans une aberrante fluidité. Une île est possible, il suffit juste de la penser, puis, de l’édifier dans tout ce que l’individu humain peut proposer de certain et de nouveau.

Léa Staraselski (PACTE).

http://www.eotopia.org/wordpress/fr/home/



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Par Léa Staraselski du PACTE

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18 août à Mimizan (Landes)

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